Accord commercial UE-Vietnam:

nos Chambres bilatérales vous expliquent tout!

L’accord de libre-échange UE-Vietnam est entré en vigueur le 1er août.

Depuis plusieurs années, le Vietnam est le deuxième partenaire commercial de l’UE dans l’ASEAN (après Singapour). L’ASEAN (Association des nations de l’Asie du Sud-Est), avec ses plus de 600 millions d’habitants dont des pays à l’économie en croissance rapide, est une région dont l’UE a tout intérêt à se rapprocher. Le Vietnam, qui compte environ 100 millions d’habitants et un taux de croissance de 6 à 7% (avant le début du covid-19), est le premier exportateur de l’ASEAN vers l’UE.

Nous avons discuté avec Bart Verheyen, président de la Belgian-Luxembourg Chamber of Commerce in Vietnam, et Andries Gryffroy, président de la Belgian-Vietnamese Alliance en Belgique, sur les avantages que cet accord apporte aux entreprises belges.

Bart Verheyen

Belgian-Luxembourg Chamber of Commerce in Vietnam

www.beluxcham.com

info@beluxcham.com

Andries Gryffroy

Belgian Vietnamese Alliance

www.bva-cci.com

contact@bva-cci.com

L’accord de libre-échange (FTA) entre l’UE et le Vietnam est décrit comme l’accord le plus moderne et le plus ambitieux jamais conclu entre l’UE et un pays en développement. Pourquoi ?

Bart Verheyen : Cet accord va bien plus loin que les traités de libre-échange classiques. Pour ceux-ci, on applique le principe de base de l’Organisation mondiale du commerce: faciliter l’accès aux marchés des uns et des autres en réduisant toutes sortes de barrières (pour les marchandises, les tarifs et droits d’importation classiques, par exemple). Cet accord ouvre le marché vietnamien aux prestataires de services de l’UE pour toute une série de domaines auxquels un accord commercial classique de l’OMC n’aurait pas donné accès. Enfin, il existe également un traité distinct pour la protection des investissements, qui comprend un mécanisme novateur de règlement des différends par le biais du système dit de « tribunal des investissements ». Dorénavant, cet FTA sera pris comme modèle pour tout pays souhaitant conclure un accord de libre-échange avec l’UE.

Andries Gryffroy : En effet, ce traité va loin et encourage également des réformes institutionnelles et des changements législatifs dans les domaines de la protection de l’environnement, du développement durable et de la protection des travailleurs. Par ailleurs, c’est la première fois qu’un partenaire commercial de l’UE accepte le label « made in EU » pour des produits non agricoles. C’est tout à fait unique.

En tant que chambres bilatérales, avez-vous été impliqués d’une manière ou d’une autre dans l’établissement de cet accord ?

BV : Les différentes chambres de commerce au Vietnam ont été principalement impliquées au travers des 8 comités sectoriels de la Chambre de commerce européenne (EuroCham). Tout au long des 14 cycles de négociations, ces comités ont apporté une contribution au cas par cas aux négociateurs de l’Union. Avec ses 1000 membres, EuroCham a pu peser pendant les négociations, et ensuite jusqu’à la signature du traité, avec un poids que nous n’aurions jamais eu en tant que chambre nationale.

Cette année, nous lançons également notre « Kit de démarrage » pour les PME qui veulent faire des affaires au Vietnam.  À cette fin, un roadshow/webinaire sera organisé dans lequel l’EVFTA sera clairement mise en avant.

Cet accord supprimera presque tous les droits d’importation entre les deux parties dans un délai de dix ans. Devrons-nous attendre autant de temps pour en voir les effets?

AG : Grâce à cet accord, 65% des marchandises européennes exportées au Vietnam sont déjà exemptées de droits de douane. Pensons aux textiles, aux produits pharmaceutiques et chimiques, aux machines. Pour toute une série d’autres produits tels que les denrées alimentaires, les boissons alcoolisées et les voitures, les droits de douane à l’importation diminuent progressivement sur une période de 3 à 10 ans, pour finalement atteindre un tarif zéro.

BV : C’est une libéralisation de grande envergure pour un pays à revenu moyen comme le Vietnam. À l’inverse, l’UE a éliminé ses droits d’importation sur 84% de toutes les lignes tarifaires depuis l’introduction de cet accord de libre-échange. Ce pourcentage passera à 99% en sept ans.

Outre la réduction des droits d’importation, quels sont les autres avantages de l’accord ?

AG : Cet accord prévoit une coopération sur la base de normes internationales et de procédures douanières simplifiées. Il comprend également des dispositions importantes relatives à la protection des droits de propriété intellectuelle, à la libéralisation des investissements, à un meilleur accès pour les entreprises de services et à un accès simplifié aux marchés publics. L’EVFTA nous aidera à convaincre davantage d’entreprises européennes d’être présentes au Vietnam et à mieux promouvoir les entreprises vietnamiennes sur le marché européen.

Selon vous, quels sont les secteurs qui bénéficient le plus d’un meilleur accès au marché ?

AG : En raison de la croissance de la classe moyenne au Vietnam et de l’augmentation du revenu disponible, la demande de produits importés va augmenter. Nous voyons déjà s’implanter des chaînes telles que McDonald’s, Starbucks et Pizza Hut et l’offre va sans aucun doute continuer à se développer. La demande d’aliments sûrs et de produits biologiques est également élevée.

Les secteurs de la pisciculture, de l’agriculture et de l’horticulture offrent des opportunités aux fournisseurs d’automatisation, d’engrais, d’emballages et de machines alimentaires, mais il existe également un besoin d’expertise en marketing et en stratégie de marque afin que leurs marques soient mieux connues dans le monde entier.

Dans les secteurs du textile, de l’électronique et de la construction mécanique, il existe un potentiel de croissance considérable, par exemple pour la fourniture de machines destinées aux processus de production.

Enfin, les problèmes causés par le changement climatique (sécheresse, inondations, salinisation du delta du Mékong) constituent un défi majeur. Il faudra mettre l’accent sur des infrastructures routières et portuaires durables, sur la mobilité durable, mais aussi sur le traitement des déchets, les énergies renouvelables, la purification de l’eau et de manière générale, toutes les technologies tournant autour de la qualité de l’eau et de l’air.

Que pouvez-vous faire pour les entreprises belges et vietnamiennes en tant que Chambres de Commerce ?

BV : Beluxcham représente les entreprises belges et luxembourgeoises au Vietnam depuis 2003 et, à ce titre, elle y renforce la visibilité de la communauté d’affaires belgo-luxembourgeoise. Nous aidons nos membres à élargir rapidement leur réseau par le biais d’événements commerciaux, d’événements de mise en réseau et de visites d’entreprises. Nous aidons les nouveaux arrivants grâce à notre nouveau kit de démarrage, en les assistant dans leur première recherche de fournisseurs. Nous soutenons les missions commerciales belges et luxembourgeoises au Vietnam et, grâce à nos excellents contacts avec l’ambassade de Belgique et les représentants commerciaux régionaux, nous rapprochons le monde politique et celui des affaires.

Grâce à l’accord de coopération avec BVA, nous pouvons agir comme une Chambre 100% bilatérale. Notre duo Beluxcham/BVA est unique au monde, car il dispose d’une infrastructure entièrement développée tant en Belgique/Luxembourg qu’au Vietnam, ce qui nous permet de nous soutenir mutuellement.  Des entreprises belges ou luxembourgeoises au Vietnam et des entreprises vietnamiennes en Belgique ou au Luxembourg : nous disposons des services et du savoir-faire nécessaire en interne ; nous sommes le miroir l’un de l’autre.

AG : Nos Chambres sont un pont entre le Vietnam et la Belgique, et ce au plus haut niveau avec les décideurs européens et vietnamiens. Nous sommes un partenaire fiable et respecté, tant en Belgique qu’au Vietnam, et nous sommes reconnus par les autorités officielles des deux pays.

BVA aide ses membres dans leur recherche de partenaires commerciaux appropriés, nous les assistons dans les traductions et les questions juridiques, nous proposons des cours de langue et nous organisons des séminaires spécifiques adaptés à la façon de faire des affaires au Vietnam. A partir de cet automne, et bien sûr en fonction de l’évolution de la crise de la covid-19, nous organiserons un roadshow pour faire connaître l’EVFTA aux entreprises belges.